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Interview d'Elsa Cabello, fasciathérapeute

Propos receuillis par Clémence Linard

Diplômée en kinésithérapie, Elsa Cabello exerce aujourd'hui en tant que fasciathérapeute. Voici le regard que porte cette femme hors du commun sur les notions de toucher et de caresse...

Quel a été ton parcours dans le domaine du toucher jusqu'à aujourd'hui?
Ce n'est pas par hasard si je travaille dans ce domaine. Très jeune déjà, je parlais très peu mais je touchais les gens, surtout quand ils étaient mal et je me suis rapidement rendue compte que le fait de poser les mains sur quelqu'un n'était pas anodin. C'est pourquoi, en m'interrogeant sur la profession dans laquelle je pourrais utiliser cette qualité de contact avec l'autre, j'ai décidé de devenir kinésithérapeute et de soigner avec mes mains. Il n'était pas question pour moi de devenir infirmière ou médecin car je tenais à préserver la relation directe avec la personne et la relation directe la plus simple pour moi était celle du toucher. Ce fut ma première démarche.
Assez rapidement, je pris conscience que la kinésithérapie traditionnelle ne prenait en compte que des aspects morcelés de l'individu et de ses limites. Par exemple, si la personne venait pour un problème de coude on ne traitait que le coude bien que dans la pratique je me rendais compte qu'en touchant cette partie du corps cela pouvait avoir des effets sur son ensemble. En étudiant les différentes pratiques existantes, j'ai choisi la fascia-thérapie pour son approche holistique du corps, du vécu de la personne, de ses pensées. J'ai appliqué une qualité de toucher totalement différente où c'est la personne qui accueille et non pas le thérapeute qui impose sa pratique. Ce dernier est un point d'appui pour retrouver la vitalité.

Quelle distinction fais-tu entre un toucher dit thérapeutique et les autres formes de toucher telle que la caresse?
La notion de thérapeutique pour moi devient aujourd'hui quasiment inexistante. Quand j'étais kinésithérapeute mon toucher était très médical et technique. Je me suis rendu compte que je m'étais coupée d'une partie de moi-même à savoir le ressenti et l'amour portés à l'autre. On pourrait penser que le caractère thérapeutique et la caresse par exemple s'opposent. Mais en fascia-thérapie, je constate que la notion de guérison passe par l'amour. L'amour du métier que l'on fait, l'amour de l'autre, le désir de faire que le corps de l'autre se libère. Aujourd'hui, dans un sens, je dirais qu'à la fois tout est thérapeutique et rien ne l'ai. Ce qui compte c'est l'harmonie générale, le bien-être que l'être humaine peut atteindre dans sa tête et dans son corps.

Comment perçois-tu le sens du toucher dans la culture occidentale ?
C'est un sens qui a été peu développé notamment en raison des empreintes laissé par l'éducation judéo-chrétienne qui a nourri une forme de culpabilité vis à vis du toucher. Par mes voyages, j'ai pu constater que dans d'autres cultures telles qu'en Asie ou en Afrique, le toucher fait parti intégrante de la vie quotidienne. Une grande partie du malaise ressenti à ce sujet vient tout simplement du manque de toucher et de la pudibonderie que l'on retrouve très souvent à toutes les échelles de notre société. Des études ont montrés que le manque de toucher avait amené certains enfants à développer une forme d'autisme et on en est même venu à confondre les notions de toucher et de sexualité.
Heureusement, de plus en plus les personnes commencent à découvrir à quel point c'est apaisant. Quand on touche, on n'a plus besoin de s'expliquer, de parler, d'être performant. Le toucher apaise le corps. Les gens retrouvent l'authenticité et la valeur de ce sens fondamental.

Quelle est la place de la caresse dans ce retour aux fondamentaux du toucher?
La caresse est l'oeuvre d'art du toucher. Quand on parle de toucher cela demeure technique malgré tout. La caresse c'est faire en sorte d'adapter exactement ce toucher aux besoins de la personnes que ce soit en variant la pression, la chaleur de la main, les endroits touchés, le rythme, etc. On a tous envie d'être toucher de manière différente, c'est un art que l'on a très peu développé. C'est un chef d'oeuvre que l'on peut développé. Très peu d'écrits abordent ce sujet car cela a été tabou pendant très longtemps, et ça l'est encore aujourd'hui.

En quoi la caresse est-elle indispensable pour l'être humain quelque soit son âge ?
Elle est indispensable car bien qu'elle ne semble pas vitale elle l'est. Elle amène la sensation de paisibilité. En soit elle n'est pas vitale, on peut vivre sans être caressé, mais la vie est d'une qualité bien moindre. La caresse développe chez l'individu des qualités qui ne le sont pas si la personne ne l'est pas. Elle apporte un état d'esprit particulier qui permet d'élargir ses propres limites qu'on ne peut pas connaître tant qu'on ne l'a pas expérimentée. La caresse est un véritable apaisemment d'un seul coup elle redonne l'humanité aux gens, le bonheur de vivre, la communion. A ce titre elle est indispensable que ce soit pour les bébés, les enfants, à l'âge adulte ou les personnes en fin de vie.

Quelle différence fais-tu entre massage et caresse?
Ils sont complémentaires. Si je devais donner une image je dirais que le massage à pour but de détendre l'intérieur alors que la caresse va épandre de corps, elle est tourné vers l'extérieur. Le massage peut permettre d'aprécier une caresse, car souvent quand on a mal quelque part il est difficile de se laisser aller au plaisir d'une caresse. Ce sont des étapes différentes répondant à des besoins différents. Souhaites-tu ajouter quelque chose?
Quand j'étais kinésithérapeute, je demeurrais très technique pour ne pas être engagée émotionnellement vis-à-vis de mes patients, jusqu'à ce que je comprenne que sans cet engagement je n'obtiendrais jamais autant de résultat. Mon plaisir est d'avoir à la fois le détachement nécessaire pour guérir quelqu'un tout en cultivant le principe de compassion. Le toucher doit être libérateur et on ne doit pas avoir peur de libérer des émotions chez l'autre. C'est ce qui peut arriver que l'on touche, masse, caresse. La personne se sent tellement abandonnée qu'elle va enfin s'autoriser à laisser sortir des choses profondes et ainsi lui permettre de rebondir pour avancer.

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